Sunday, 27 December 2020

 

2021 reste à haut risque pour l’économie mondiale

INFOGRAPHIES - Le rebond de la croissance dépendra de l’évolution de la situation sanitaire.

Mis à jour 
La veille des fêtes, l’Europe s’est progressivement reconfinée. Les magasins restent fermés à Londres, comme ici, samedi, sur New Bond Street. HENRY NICHOLLS/REUTERS

Chaque fin d’année, l’exercice est de rigueur. Les économistes font tourner leurs modèles de prévisions et dressent le panorama pour l’année à venir. Après l’onde de choc du Covid-19 qui s’est abattue sur le monde en 2020, plongeant en récession la plupart des grandes économies de la planète, à l’exception notable de la Chine, l’exercice s’avère particulièrement difficile pour 2021. Car très incertain. On l’a vu sur ces dernières semaines, au gré des annonces porteuses d’espoir sur le front de la vaccination ou au contraire alarmantes face à la détérioration sanitaire. La veille des fêtes, les clignotants sont repassés dans le rouge, l’Europe s’est progressivement reconfinée, jusqu’à mettre la Grande-Bretagne en quarantaine.

Le niveau élevé d’incertitude et les nombreux risques contraignent les économistes à bâtir plusieurs scénarios. Lors de sa présentation, fin novembre, la chef économiste de l’OCDE, Laurence Boone, en a exposé trois: un central, un plus optimiste et l’autre plus pessimiste. Tous font le même diagnostic, cela dépendra avant tout de la situation sanitaire. «Le vaccin est une vraie solution», ponctue Samy Chaar, chef économiste de la banque suisse Lombard Odier. «C’est le meilleur plan de relance, qui peut rétablir la confiance le plus rapidement», appuie Christopher Dembik, de Saxo Bank. La sortie plus rapide que prévu des premiers vaccins et le démarrage de la vaccination aux États-Unis et au Royaume-Uni sont engageants, même si des doutes subsistent en Europe sur la capacité de fournir.

Autre note d’optimisme, on sait que dès que l’épidémie est contrôlée l’activité redémarre rapidement. La vigueur du troisième trimestre l’a prouvé. «Les modèles étudiant l’impact des pandémies de grippe nous enseignent que 60 % des effets négatifs résultent des décisions administratives de confinement, des distances sanitaires et des restrictions des frontières. Ils sont donc réversibles une fois l’épidémie jugulée», estime Mathilde Lemoine, la chef économiste du Groupe Edmond de Rothschild. «La pandémie, c’est comme une tempête de plusieurs mois», confirme Samy Chaar.

Surplus d’épargne

Si les prochains mois s’annoncent compliqués - il y aura encore des restrictions avant que l’immunité collective ne soit atteinte -, ce sera bien une année de rattrapage. Le maintien des vastes plans déployés par les États - prêts garantis, chômage partiel, aide financière… - qui se comptent en centaines de milliards d’euros continuera d’atténuer les dégâts économiques de la pandémie. Le rattrapage se fera plus vite aux États-Unis, où le soutien monétaire et budgétaire est bien plus important qu’en Europe. En intégrant la nouvelle enveloppe de 900 milliards, si Donald Trump ne met pas à exécution sa menace de la bloquer, Washington y aura consacré 15 % du PIB. En Europe, seule l’Allemagne s’en «rapproche», à 9 % du PIB.

Pour retrouver le niveau de fin 2019, il faudra quatre trimestres aux États-Unis, contre neuf en zone euro, évalue le groupe Rothschild. Attention, prévient Christopher Dembik, «la reprise sera très hétérogène en zone euro car le chômage reste important. La zone sud va rester durablement sinistrée». Le fonds européen de 750 milliards d’euros représente un levier conséquent, dont l’Italie et l’Espagne sont les premiers bénéficiaires. «Mais les principaux montants n’arriveront pas avant 2023 et 2024», précise l’économiste.

Une des grandes inconnues est liée à l’épargne et l’appétit de consommer des ménages, dépendant de leur confiance. Or, la consommation est un moteur clé de la croissance. De janvier à octobre, les Américains ont accumulé un surplus d’épargne de 1400 milliards de dollars par rapport à la même période de 2019. La confiance influera aussi sur la capacité d’investissement des entreprises. Malgré le rebond attendu l’an prochain, il faut s’attendre à une accélération des faillites, surtout au deuxième semestre, à mesure que les filets de sécurité seront retirés. L’assureur-crédit Euler Hermes table sur une hausse des défaillances de 25% dans le monde après une baisse de 10% en 2019. La France sera parmi les pays les plus touchés (+ 52 %, 50.000 défaillances attendues), ainsi que l’Italie (+ 73 %), bien plus que l’Allemagne (+ 5%). L’économie allemande, très dépendante de l’export, pourra compter sur le rebond attendu du commerce mondial, après deux années de recul, 2019 ayant pâti des tensions sino-américaines. La reprise des échanges viendra surtout de la zone Asie, dopée par la Chine. L’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche pourrait aussi donner un nouvel élan au commerce grâce à un climat international plus serein, même si la stratégie de fermeté vis-à-vis de Pékin devrait perdurer.

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