Commentary on Political Economy

Friday 5 April 2024

 ÉCONOMIE

Comment la Chine lamine l’industrie européenne

Alors que l’économie chinoise est en fort ralentissement, ses usines, souvent largement subventionnées, débordent. Ses produits sont écoulés à l’exportation, à des prix souvent imbattables, avec des technologies toujours plus pointues : panneaux solaires, véhicules électriques, biotechnologies. Mettant à mal de nombreux secteurs industriels en Europe.
Par Eric Albert (Londres, correspondance), Jean-Michel BezatBastien BonnefousZeliha ChaffinSophie FayJuliette GarnierAdrien Pécout et Sylvaine Travadon
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Le symbole le plus évident est celui des voitures électriques chinoises, dont les importations européennes sont passées de zéro à 12 milliards d’euros en cinq ans, avec des marques comme BYD et MG soudain découvertes par le grand public. Il y a aussi les importations européennes de chimie organique (+ 34 % en cinq ans) ou celles des matières plastiques, qui ont presque doublé. Ou encore les médicaments : la moitié des laboratoires dans le monde qui produisent de l’amoxicilline, l’antibiotique le plus couramment utilisé, sont installés en Chine.

Alors que l’économie chinoise est en fort ralentissement, ses usines, souvent largement subventionnées, débordent. Ses produits sont écoulés à l’exportation, à des prix souvent imbattables, avec des technologies toujours plus pointues : panneaux solaires, batteries, véhicules électriques, biotechnologies…

Malgré les appels à « la souveraineté européenne » et à une « politique industrielle européenne », il n’y a pour l’instant aucun découplage économique entre l’Union européenne (UE) et la Chine. Entre 2013 et 2023, le déficit commercial de l’UE face à la Chine a presque triplé, à 291 milliards d’euros en 2023. La France affiche un déficit commercial de 41 milliards d’euros. Mais l’Allemagne aussi réalise un déficit commercial structurel depuis trente-cinq ans, qui s’est fortement creusé pendant la pandémie de Covid-19, avant de se stabiliser à 59 milliards d’euros en 2023.

« On constate un vrai découplage commercial entre les Etats-Unis et la Chine, note Adam Slater, du cabinet Oxford Economics. La part des importations chinoises y est passée de 23 % des importations totales en 2018 à 14 % en 2023. Mais on ne voit pas le même phénomène en Europe. » Les importations chinoises en Europe demeurent stables, bien qu’à un niveau beaucoup plus faible, autour de 6 % des importations totales pour la France, 7 % pour l’Allemagne, et 12 % pour le Royaume-Uni.

Face à l’offensive commerciale chinoise, l’UE a choisi des méthodes beaucoup plus douces que celles des Etats-Unis, qui ont multiplié les droits de douane à partir de la présidence de Donald Trump, avant que l’administration Biden ne lance un gigantesque plan de subventions à l’industrie, le fameux Inflation Reduction Act (IRA). Les panneaux solaires, les machines à laver, l’acier ou encore l’aluminium ont désormais des droits de douane qui dépassent souvent 25 %.

Pour l’instant, l’UE a parfois menacé mais n’a guère recouru à la même pratique. Résultat, pour les voitures électriques chinoises, par exemple, l’UE impose des droits de douane de 10 %, les Etats-Unis de 27,5 %. « La réindustrialisation européenne demeure une aspiration, estime M. Slater. Pour y arriver, il faut y aller en force. Aucune entreprise n’a envie de modifier son organisation et ses chaînes de valeur, et elles ne le feront que si elles y sont vraiment obligées. » Passage en revue des industries européennes les plus à risque.

Automobile : un appareil industriel imparable

C’est une courbe implacable : depuis 2001, les prix des voitures sur le marché chinois – à qualité constante – ont baissé de 40 %. Et, sur un an, la déflation dépasse 5 %, selon les calculs de l’institut d’études Rexecode, très suivi par les industriels. Anthony Morlet-Lavidalie, l’économiste qui compile ces données, note que cette baisse ne profite pas qu’au marché local, mais bien au monde entier. « Les chiffres des exportations de voitures particulières chinoises montrent que nous ne sommes plus dans un monde où la Chine dépasse les autres pays, mais dans un marché mondial où elle domine », explique-t-il.

En 2023, il anticipait que les exportations approcheraient la barre des 4 millions de véhicules. Une vision alors jugée optimiste. Elles ont finalement dépassé ce seuil, pour atteindre 4 084 000 voitures particulières (5,234 millions avec les utilitaires), l’empire du Milieu devenant ainsi le premier exportateur mondial. Et ce n’est pas fini, car la demande interne baisse : les ventes du constructeur BYD n’ont progressé « que » de 13 % au premier trimestre de cette année, le taux le plus faible depuis mai 2019, ce qui risque d’inciter le groupe, comme d’autres constructeurs, à chercher plus de marchés hors de Chine.

M. Morlet-Lavidalie souligne l’efficacité de la politique de l’offre orchestrée par Pékin, au moment où la Commission européenne enquête sur les aides d’Etat dont ont bénéficié les constructeurs et le besoin de mesures de protection du marché européen. « Plus que le soutien à la demande, à l’achat de voitures par des particuliers, c’est cette politique de l’offre qui marche et qui est unique en son genre », estime-t-il : la Chine a d’abord pensé organiser l’offre sur l’ensemble de la chaîne de valeur (métaux, chimie pour les raffiner, batteries, bornes de recharge) avant de penser à la demande.

Ses entreprises ont aussi fait des efforts de productivité qui se retrouvent dans les prix. « Le niveau de robotisation des usines est beaucoup plus avancé que le nôtre, sans commune mesure. Les process technologiques pour la production de voitures électriques sont aussi mieux maîtrisés, sans parler de l’innovation sur les batteries », prévient-il. Cerise sur le gâteau, Pékin, qui veut développer l’adoption du véhicule électrifié, a fait comprendre aux industriels qu’ils étaient là pour équiper le pays – voire le monde –, pas pour gonfler leurs marges.

Résulte de cette politique un appareil industriel qui produit au maximum. Avec des surcapacités qui pèsent sur la profitabilité des entreprises mais qui, d’après l’économiste, « ne laissent pas beaucoup de place aux industriels européens pour exister dans le monde ».

Batteries : une position ultradominante

Le cabinet Benchmark Mineral Intelligence a dénombré 141 gigafactories en Chine en 2023 et prévoit qu’il y en aura 291 en 2030. Leur production est très supérieure à ce que le marché intérieur peut absorber. De quoi doper les marchés à l’export. En 2030, si tous les projets sont menés à leur terme, on produira 9 000 gigawattheures de batteries pour une industrie qui en consommerait environ 5 000.

L’Europe et les Etats-Unis, à force de construire des gigafactories, rattrapent une partie de leur retard sur la technologie dite « NCM » (nickel-manganese-cobalt), mais la Chine reste ultradominante sur la chimie dite « LFP » (lithium-fer-phosphate), dévolue aux véhicules moins chers. Le pays contrôle aujourd’hui 99 % des capacités mondiales de production de batteries LFP et en détiendra toujours 96 % en 2030.

Ces surcapacités vont faire baisser les prix des packs de batteries, déjà passés en moyenne de 160 dollars (près de 149 euros) par kilowattheure en 2020 à 139 dollars en 2023, selon les données de Bloomberg et de Rexecode. Avantage : la mobilité électrique devrait devenir plus accessible. Inconvénient : les constructeurs européens – notamment Volkswagen, qui a investi plus de 20 milliards d’euros dans PowerCo, sa filiale de conception de batteries – risquent d’avoir plus de mal à rentabiliser leurs investissements.

Panneaux solaires : des surcapacités et des prix cassés

Cruel paradoxe. D’un côté, l’année 2023 a coïncidé avec un nouveau record d’installations de panneaux photovoltaïques dans les pays de l’UE. Soit 55,9 gigawatts (GW) de puissance électrique en plus, en hausse de 40 % sur un an, d’après l’association professionnelle SolarPower Europe. De l’autre, les rares fabricants européens de panneaux solaires encore présents sont toujours plus à la peine. Car la Chine a conforté ses positions sur ce marché mondial dont elle domine largement toute la chaîne de valeur (silicium, cellules, modules) depuis plus d’une décennie déjà.

En théorie, les constructeurs européens avaient les capacités de produire 14,6 GW de nouveaux modules photovoltaïques, selon SolarPower Europe. Problème : leur carnet de commandes ayant fondu au fil de l’année 2023, ils ont travaillé environ sept fois moins, estime Johan Lindahl, secrétaire général de l’European Solar Manufacturing Council (ESMC). L’industrie chinoise a profité de ses surcapacités pour exporter du stock, quitte à casser les prix encore plus qu’auparavant : résultat, des panneaux par dizaines de millions attendent encore dans les ports et les entrepôts d’Europe. Et ce, d’autant plus que l’Inflation Reduction Act de 2022 complique l’accès au marché américain.

Cette « stratégie (…) agressive » de l’industrie chinoise, selon l’ESMC, a déjà poussé certains fabricants de panneaux à se déclarer en faillite, comme l’autrichien Energetica Industries en décembre 2023 et le néerlandais Exasun le mois suivant. Quant à la PME française Systovi, en banlieue nantaise, elle cherche un repreneur depuis mi-mars. Mais l’exemple le plus frappant vient d’Allemagne : le producteur suisse Meyer Burger confirme au Monde la fermeture prévue en avril d’un site de quelque 500 salariés près de Dresde, pour poursuivre la fabrication de panneaux plutôt aux Etats-Unis. Il entend conserver en revanche son autre site allemand, spécialisé dans la conception de cellules, composants essentiels à chaque panneau photovoltaïque.

Mercredi 3 avril, la Commission européenne a annoncé l’ouverture de deux enquêtes antisubventions contre des consortiums d’entreprises dans l’énergie solaire, impliquant des filiales de groupes chinois (Longi et Shanghai Electric). Elles sont lancées dans le cadre de nouvelles règles entrées en vigueur en juillet 2023 pour empêcher les subventions de pays tiers soupçonnées de créer une concurrence déloyale dans l’UE dans le cadre d’appels d’offres.

Eolien : une menace potentielle

Autant les constructeurs chinois font déjà la pluie et le beau temps sur le marché du solaire, autant ce n’est pas encore le cas pour l’éolien. En 2022, seuls deux pays de l’UE avaient passé commande auprès de constructeurs chinois pour deux projets de turbines, la France et la Grèce. Et aucun en 2023, malgré des projets dans des pays à proximité (Serbie, Macédoine du Nord, Turquie), selon les chiffres de l’organisation professionnelle WindEurope. Pierre Tardieu, son directeur politique, redoute cependant « un effet cliquet ».

Selon lui, si un énergéticien chinois de premier plan obtient une grosse commande, il pourra mettre en difficulté ses concurrents européens, du fait de coûts moins élevés. Cette perspective risquerait alors de « livrer aux industriels chinois un marché promis à une forte croissance », considère-t-il. Du moins, si l’Europe regarde les choses se faire sans réponse politique. Selon Michel Gioria, délégué général de la structure patronale France Renouvelables, l’entrée de turbiniers chinois sur le marché européen serait susceptible de se manifester par étapes : d’abord, par le « rachat de développeurs de projets avec l’ensemble de leur portefeuille » ; puis, par le « rachat de petits turbiniers européens pour y faire fabriquer et commercialiser leur gamme » ; avant la « fourniture de service d’exploitation ».

Tous continents confondus, la Chine fabrique déjà la majorité des turbines dans le monde : sur 163 gigawatts en 2023, la première puissance asiatique en a conçu 60 %, et l’Europe, 19 %, devant les Etats-Unis (9 %) et l’Inde (7 %), selon le Global Wind Energy Council.

Sidérurgie : une déferlante de produits pour les énergies renouvelables

La Chine a-t-elle tué la sidérurgie du Vieux Continent, emportant hauts fourneaux, laminoirs et tréfileries ? Elle produit encore 1 milliard de tonnes d’acier, près de la moitié de la production mondiale, très loin des 136 millions de tonnes sortant des aciéries européennes. « Mais Pékin n’en exporte plus vers l’Europe, explique Marcel Genet, président de Laplace Conseil et expert de la sidérurgie. Pourquoi vendre une tonne d’acier pour gagner de 30 à 60 dollars, alors qu’une tonne de voiture vous rapporte de 1 500 à 3 000 dollars et emploie cent fois plus de personnes ? »

La déferlante de l’acier chinois a pris d’autres voies : les mâts d’éoliennes, les véhicules électriques, les parcs de panneaux solaires, les centrales nucléaires, les réseaux de transport d’hydrogène et de CO2… Ce qui a quand même une incidence sur un secteur employant encore 308 000 personnes en Europe. « Plus de 74 millions de tonnes d’acier supplémentaires seront nécessaires, rien que pour atteindre les objectifs de l’UE en matière d’énergies renouvelables », estime Axel Eggert, directeur général d’Eurofer, la fédération européenne de l’acier. Son grand défi est moins la concurrence chinoise que les colossaux investissements nécessaires à la décarbonation de ses activités, en utilisant les fours électriques et l’hydrogène vert pour fondre le minerai de fer.

Papier : un concurrent redoutable à l’export

La Chine, qui a inventé le papier, va-t-elle étouffer l’industrie papetière européenne ? Pour la deuxième année consécutive, 2023 a été mauvaise pour celle-ci. Selon la Confédération des industries papetières européennes (CEPI), la production a chuté de près de 13 %, à 74 millions de tonnes – soit environ 18 % de la production mondiale. Si la baisse est générale, elle est plus marquée en Europe qu’aux Etats-Unis, au Canada, au Japon ou en Corée du Sud, les autres pays traditionnellement producteurs de papier. En cause, côté européen, l’environnement économique, avec l’inflation et des taux d’intérêt élevés, et une consommation en berne, notamment pour le papier graphique (papier journal, d’écriture, etc.), concurrencé par le numérique.

« L’industrie du papier vit une période chaotique, avec de nombreuses crises qui se sont enchaînées depuis plusieurs années, avec le Brexit, puis le Covid-19 et la guerre en Ukraine », résume Paul-Antoine Lacour, délégué général de Copacel, le syndicat français des professionnels du secteur. Symbole des difficultés de la filière hexagonale, le papetier Chapelle Darblay, près de Rouen, toujours à la recherche de fonds pour relancer sa production arrêtée depuis 2020.

La concurrence se fait surtout entre pays voisins, notamment entre l’Allemagne, la Finlande, la Suède, l’Italie et la France. Mais la Chine a atteint en vingt ans le quart de la production mondiale, grâce à de fortes subventions publiques, et lorgne vers de nouveaux marchés, comme l’Asie du Sud-Est et le Proche-Orient. « On ne craint pas forcément que les papiers chinois inondent le marché européen, mais on est en concurrence à l’export avec la Chine sur les marchés mondiaux, et il n’en faudrait pas beaucoup pour que la production chinoise déstabilise l’ensemble », estime Bernard Lombard, directeur commercial et industriel du CEPI. Avec 20 % d’exportation en moyenne, la papeterie européenne est condamnée à être compétitive.

De nombreux acteurs du secteur ont signé, en mars 2024, la déclaration d’Anvers pour la construction d’un « pacte industriel européen » lors de la prochaine mandature de la Commission européenne. Son objectif : modifier la réglementation du Green Deal pour la rendre plus compatible avec la compétitivité d’un secteur qui estime déjà faire beaucoup pour le recyclage de sa matière première et l’utilisation de l’eau. « Nous soutenons la politique écologique de la Commission, mais nous demandons que la concurrence soit loyale car les coûts environnementaux et sociaux des industriels européens et français sont bien supérieurs à ceux d’autres pays, notamment la Chine », explique Paul-Antoine Lacour.

Chimie : du dumping avéré

La chimie européenne souffre, prise en étau entre les Etats-Unis, où l’énergie est bon marché, et la Chine, qui a massivement investi au cours des dernières années. En volume, elle a reculé de 8 % en 2023, après une baisse de 6,3 % en 2022, quand la production américaine stagnait (− 1 %) et les chimistes chinois l’augmentaient de 9,6 %. L’Allemagne est particulièrement touchée, une fragilité symbolisée par le transfert dans la province du Zhejiang d’importantes productions de BASF, numéro un mondial du secteur.

« En cinq ans, la Chine a augmenté ses exportations vers l’Europe de 34 % en chimie organique et de 87 % dans les matières plastiques, note Magali Smets, directrice générale de France Chimie (ex-Union des industries chimiques). Sa part du marché mondial est passée de 20 % en 2008 à plus de 45 %. » Mais après un investissement d’environ 500 milliards d’euros entre 2018 et 2023 (contre 130 milliards en Europe) dans le cadre de sa politique de « made in China », « elle est désormais face à des surcapacités, notamment dans la pétrochimie ». Ce qui la pousse, selon Mme Smets, à « déverser ses excédents sur l’Europe », qui protège moins son marché que les Etats-Unis.

Les pratiques avérées de dumping en Europe, et notamment en France, ne manquent pas, contribuant à affaiblir le secteur. Ces dernières semaines, le biochimiste Metex, qui produit des acides aminés, a dû placer ses usines de Carling-Saint-Avold, en Moselle, et d’Amiens en redressement judiciaire. Si la guerre en Ukraine l’a pénalisé en renchérissant le prix de l’électricité et du sucre, ses dirigeants incriminent aussi la concurrence chinoise, « avec notamment une saturation du marché européen avec la lysine [acide aminé essentiel] ».

Mme Smets nuance néanmoins la menace. « Si la Chine est un concurrent féroce, c’est aussi un marché client très important pour les cosmétiques et les parfums français. » Ce qui explique que la chimie soit le plus gros contributeur à la balance commerciale française, après l’aéronautique.

Produits pharmaceutiques : un acteur incontournable

Grâce à ses faibles coûts de production, sa main-d’œuvre abondante et ses contraintes réglementaires environnementales souples, la Chine s’est imposée, depuis trente ans, comme un acteur majeur dans la fabrication de médicaments, notamment des génériques, considérés comme des produits à faible valeur ajoutée par les industriels en raison de la perte de leurs brevets. Le pays fournit une grande partie des principes actifs – les substances qui confèrent aux médicaments leurs propriétés thérapeutiques – et des intermédiaires de synthèse pharmaceutiques qui sont utilisés par les laboratoires du monde entier. Dans l’UE, 60 % à 80 % des principes actifs utilisés proviennent ainsi de Chine ou d’Inde.

En dépit de la volonté de l’Europe de réduire cette dépendance depuis la pandémie de Covid-19, en rapatriant notamment la production de certaines molécules sur le continent, à l’image de l’usine de paracétamol en cours de construction en France, la Chine demeure incontournable. Elle reste d’ailleurs, pour de nombreux principes actifs ou intermédiaires, le principal, voire l’unique, fabricant mondial. Dans le cas de l’amoxicilline, par exemple, l’antibiotique le plus couramment utilisé, elle compte sur son sol cinq des sept sites au monde de production du 6-APA, l’intermédiaire indispensable à sa synthèse, et huit des dix-sept usines qui fournissent ce principe actif.

Pour les observateurs du secteur, l’enjeu n’est désormais plus tant sur ces médicaments matures que sur les médicaments innovants. A cet égard, la Chine a d’ailleurs opéré un virage stratégique ces dernières années, afin de se positionner comme un acteur de poids dans le domaine. « Elle a revu ses procédures réglementaires pour se calquer sur les standards américains et européens en matière de développement de médicaments et de propriété intellectuelle, et fait des ponts d’or aux “sea turtles”, ces scientifiques chinois formés à l’étranger, pour qu’ils fondent en Chine des biotechs innovantes », explique Antoine Papiernik, président de Sofinnova. Avec déjà des résultats : les grands laboratoires pharmaceutiques occidentaux sont de plus en plus nombreux à conclure des partenariats avec des biotechs chinoises pour commercialiser leurs traitements innovants.

Textile et habillement : un leader en recul

La Chine demeure le premier atelier de fabrication de nos vêtements, devant le Bangladesh et la Turquie. Faute de pouvoir vendre autant qu’espéré sur son marché intérieur, le pays va-t-il pousser les exportations d’habillement vers l’UE en cassant ses prix pour imposer ses marchandises dans nos magasins ? Pour l’heure, François-Marie Grau, délégué général de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, ne constate aucune « agressivité » commerciale en provenance de Pékin.

En 2023, ses exportations de pièces en maille et en chaîne et trame ont même reculé de 22 %, d’après les données de l’UE, alors que le marché des importations reculait de 16 % en moyenne. D’après les chiffres des autorités de Pékin, les exportations chinoises de textile et d’habillement ont, mondialement, reculé de 8,1 % et de 2,9 % à taux de change constant en 2023.

Car les manufactures chinoises sont jugées moins compétitives. D’autant que le coût des matières premières a fait flamber les prix de revient, rappelle M. Grau. Dès lors, les enseignes de la grande distribution et les commerçants d’habillement ont revu leur approvisionnement pour se procurer des articles fabriqués à moindre coût au Vietnam, au Bangladesh, au Pakistan ou au Cambodge, et échapper au coût du travail à l’œuvre dans les provinces côtières de la Chine, les plus prospères, où se concentrent les 44 000 entreprises du secteur.

Soutenir les ventes de cette industrie de la mode, qui emploie plus de 10 millions de personnes, est toutefois un scénario que pourrait envisager Pékin, adepte de dumping. En 2021, au lendemain d’une année noire marquée par la suspension et l’annulation de commandes en provenance de grandes marques occidentales, à la suite de la pandémie due au coronavirus, l’industrie chinoise de l’habillement avait signé des ventes record, en croissance de 16 % sur un an, à l’exportation, dépassant le niveau atteint en 2015.

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