Commentary on Political Economy

Wednesday 15 May 2024

UKRAINIAN HEROISM, WESTERN COWARDLY DEFEATISM

 

Des habitants de Vovtchansk (Ukraine) évacués de la ville bombardée par l’armée russe, sont accueillis dans un centre de Kharkiv où ils reçoivent de l’aide pour leurs premiers besoins et leurs formalités administratives. Ici, le 15 mai 2024.
LAURENT VAN DER STOCKT POUR « LE MONDE »

A Kharkiv, la résilience de la population face à la nouvelle offensive russe : « Nous avons fini par nous habituer »

Par Thomas d’Istria (Kharkiv (Ukraine), envoyé spécial)
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REPORTAGE Cible de frappes quasi quotidiennes depuis plusieurs mois, la grande ville de l’est du pays est désormais sous la menace de la poussée exercée par l’armée russe dans la région. Mais nombre d’habitants refusent pour l’instant de quitter les lieux, s’accrochant à un semblant de normalité.

Un an après son retour à Kharkiv, une ville proche de la frontière russe, qu’il avait quittée au début de l’attaque des forces de Moscou, en février 2022, Nazaar Gorbatovskyi songe de nouveau à se réfugier dans l’ouest du pays. Mardi 15 mai, alors que le jeune homme de 21 ans se trouvait hors de chez lui, son immeuble du quartier central de Chevtchenkivskyi, a été frappé par un bombardement russe, au milieu de l’après-midi. Par chance, son appartement n’a pas été touché.

Cela fait plusieurs mois que la deuxième plus grande ville du pays est la cible quasi quotidienne de frappes russes avec des drones, missiles et bombes planantes guidées. Depuis vendredi 11 mai, une menace encore plus grande est venue s’ajouter aux angoisses des habitants, avec le déclenchement d’une nouvelle offensive armée sur cette région limitrophe de la Russie.

« Certaines personnes sont déjà parties et d’autres pensent à le faire », assure Nazaar Gorbatovskyi, qui reste toujours indécis sur la décision qu’il prendra. Tout dépendra de l’avancée des forces russes. « S’ils se rapprochent suffisamment pour pouvoir nous frapper avec leurs systèmes d’artillerie, alors je pense que les gens partiront. »

Les forces armées de Moscou ont capturé plusieurs villages dans les zones frontalières, faisant des percées jusqu’à 8 km dans le territoire ukrainien. Mercredi, alors que l’armée de Kiev avait annoncé avoir dû se replier de deux zones dans ces territoires, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a affirmé dans son adresse à la nation que les soldats de Kiev avaient « réussi à partiellement stabiliser la situation ». Le même jour, le chef de l’Etat a également annoncé avoir reporté tous ses voyages internationaux en raison de la situation dans la région.

Un immeuble du centre-ville de Kharkiv (Ukraine) touché par une bombe russe qui a fait au moins vingt blessés, le 15 mai 2024.
Un immeuble du centre-ville de Kharkiv (Ukraine) touché par une bombe russe qui a fait au moins vingt blessés, le 15 mai 2024. LAURENT VAN DER STOCKT POUR « LE MONDE »

Des écoles souterraines en cours de construction

Cette offensive se déroule à un moment opportun pour le Kremlin, alors que l’armée de Kiev souffre d’un manque de soldats et de munitions en raison des retards dans l’aide militaire occidentale. La nouvelle poussée russe sur les territoires frontaliers de la région est vue par de nombreux experts comme une manière pour le Kremlin de disperser des troupes affaiblies qui peinent à contenir les assauts le long du reste de la ligne de front. Mercredi, les autorités de Kiev ont confirmé que des renforts avaient été envoyés pour faire face à cette nouvelle offensive.

Les habitants de Kharkiv observent les informations avec inquiétude, sans pour autant se décider pour le moment à évacuer en masse. Mercredi 15 mai, les rues et les restaurants, bars et magasins étaient toujours remplis. Les transports en commun fonctionnaient. Lundi, 620 écoliers de la première école souterraine construite par la municipalité ont même fait leur rentrée. Compte tenu de la proximité avec la frontière russe, les écoles de la ville sont obligées de disposer d’abris aux normes afin de rester en sécurité en cas de bombardements. Plusieurs écoles souterraines sont en cours de construction, mais la majorité des élèves étudient à distance.

A la gare centrale, Vladyslav Teteryatnyk, un des jeunes employés du point d’information reconnaît « une petite augmentation du nombre de départs », ainsi que moins d’arrivées dans la grande ville. Depuis quelques jours, « nous recevons parfois des femmes qui viennent nous demander comment aller en Pologne », affirme-t-il aussi, sans toutefois pouvoir dire si ces dernières sont originaires des territoires frontaliers de la Russie, devenus zones de combat, ou de la ville de Kharkiv.

A Saltivka, dans le nord-est de la ville, Lina Donoshenka explique qu’elle aussi attendra de voir l’évolution de la situation. « Je ne le ferai que lorsque j’en ressentirai le besoin », dit-elle en touchant son cœur. « Nous vivons dans cette réalité depuis longtemps, explique-t-elle encore. Nous avons fini par nous habituer. »

Sur le quai numéro 1 de la gare de Kharkiv (Ukraine), le 15 mai 2024.
Sur le quai numéro 1 de la gare de Kharkiv (Ukraine), le 15 mai 2024. LAURENT VAN DER STOCKT POUR « LE MONDE »

« Nous sommes toutes effrayées »

Non loin de là, à quelques centaines de mètres du jardin de Lina Donoshenka, cinq jeunes filles qui sortent d’une séance de yoga assurent, elles aussi, ne pas vouloir partir pour le moment, « même si leurs parents sont très inquiets », explique la plus jeune, Carolina, 12 ans. « En vérité, nous sommes toutes effrayées, glisse Alina, 14 ans, en prenant un air soudainement sérieux face à l’ironie de ses copines. C’est tellement dur de voir des maisons et des bâtiments que tu connais disparaître sous tes yeux. »

Lorsque les bombardements frappent la ville la nuit, certaines se précipitent dans les abris ou simplement dans les couloirs de leurs appartements, le minimum à faire pour se protéger d’une frappe, quand d’autres préfèrent encore dormir. Carolina, elle, s’enferme parfois avec sa sœur dans une armoire aux parois épaisses lorsqu’elle a « très peur ». La confidence fait rire le groupe de jeunes filles.

Au début de la guerre, en février 2022, les forces russes avaient lancé l’assaut sur la périphérie de la ville, mais elles avaient été bloquées par l’armée ukrainienne, aidée par des civils volontaires de la défense territoriale. Depuis le retrait des forces russes de la région de Kharkiv, lors de la contre-offensive de septembre 2022, la ville avait retrouvé un semblant de normalité, malgré les bombardements aléatoires. « Je n’étais pas partie en février 2022, je ne risque pas de partir cette fois-ci », assure Natalya Lyssenko, 50 ans, une des habitantes de l’immeuble frappé mardi par un bombardement russe.

Ce mercredi, la femme de 50 ans attend que des volontaires d’une ONG remplacent ses fenêtres explosées par des plaques de contreplaqué, une scène devenue banale dans la ville. « Je n’ai plus de fenêtres mais mes voisins, eux, n’ont plus de murs, relève-t-elle en essuyant mécaniquement des larmes qui ne cessent de couler. Il y a des gens qui partent et des gens qui restent. Moi, je n’ai juste nulle part où aller. »

Carolina, Alina et leurs amies, dans le quartier de Saltivka, à Kharkiv (Ukraine), le 15 mai 2024.
Carolina, Alina et leurs amies, dans le quartier de Saltivka, à Kharkiv (Ukraine), le 15 mai 2024. LAURENT VAN DER STOCKT POUR « LE MONDE »

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