Thursday, 23 April 2020

ONE GOAL FOR HUMANITY: DESTROY CHINA NOW AND FOR ALL TIME!

« La diplomatie du masque de la Chine a fait flop »

Après des semaines de déni et de manipulation, la Chine voulait afficher le profil d’une bienveillante superpuissance. Mais elle a surjoué son avantage.
Publié aujourd’hui à 00h04, mis à jour à 08h44   Temps deLecture 4 min.
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Xi Jinping, lors d’une visite d’usine, à Ankang (dans la province du Shaanxi, en Chine), le 21 avril.
Xi Jinping, lors d’une visite d’usine, à Ankang (dans la province du Shaanxi, en Chine), le 21 avril. JU PENG / AP
Chronique. La « diplomatie du masque » n’a pas changé l’image de la Chine. Elle a échoué à faire oublier les responsabilités premières de Pékin. Après des semaines de déni et de manipulation de l’information, la Chine, fin février, passait à l’offensive avec une ambition : afficher le profil d’une bienveillante superpuissance. Elle avait terrassé le coronavirus à la maison, elle venait au secours de la terre entière, elle s’autocongratulait et, en même temps que ses conteneurs de masques, elle exportait, en contrebande, les vertus de son système de gouvernement.
Cela devait marcher comme avec la culture populaire américaine : jeans, rock and roll, Hollywood et séries télévisées en vecteurs de la démocratie jeffersonienne – et du pouvoir des Etats-Unis. Là, c’était masques, tests, respirateurs et ode au régime de Pekin.
Mais la Chine a fait flop, au moins dans le monde occidental. Pourquoi ? La réponse n’est sans doute pas étrangère à Xi Jinping. Seraient en cause et la vision du monde du président chinois et la manière dont il gouverne.
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La Chine comptait sur sa capacité unique à fournir certains des instruments de la lutte contre le coronavirus pour se fabriquer une image de bon géant. Elle disposait du boulevard que lui avait ouvert Donald Trump. Perdu et incompétent dans la tourmente du Covid-19, le président des Etats-Unis se refusait plus que jamais à l’exercice du moindre leadership international. Mais le Parti communiste chinois (PCC) a surjoué son avantage. Pourtant expert en agit-prop, une spécialité locale, il en a fait trop.

Propagande

Résultat ? En ce quatrième mois de l’ébranlement pandémique, la Chine n’a pas bonne presse. Les mots qui reviennent le plus souvent à son sujet sont les mêmes : « défiance », « suspicion », « méfiance » – au moins autant que « reconnaissance ».
Tout naturellement, la « diplomatie du masque » a connu quelques ratés. Mais aux matériels parfois défectueux s’est ajoutée cette façon arrogante de faire la leçon aux Occidentaux, ces propos condescendants sur l’état des démocraties occidentales. En somme, il y avait les masques, bienvenus, et, dans l’emballage, le prospectus de propagande, mise en scène un peu lourde.
Le mystère persistant des origines de la tragédie de Wuhan, les demi-vérités, les chiffres changeants et peu crédibles, tout cela a compté aussi. Simultanément, le régime chassait une partie de la presse américaine de Pékin et embastillait les Chinois qui critiquaient la politique du PCC dans cette affaire. L’ensemble se déroulait sur fond de nationalisme chauffé à l’incandescence.
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Juste ou injuste, le bilan de la campagne du masque n’est pas brillant. L’Union européenne va contrôler au plus près les investissements chinois en Europe. L’industrie continentale du médicament va déménager nombre de ses usines de Chine. Le Japon aide ses entreprises à se relocaliser. A Washington, les partisans du découplage des économies américaine et chinoise gagnent du terrain. L’Afrique attend de voir si Pékin annule ses dettes. Plus grave peut-être, la parole officielle chinoise a singulièrement perdu en crédibilité.
Pourquoi cet échec ? La Chine a des diplomates compétents. Son industrie déploie des trésors de réactivité pour produire masques, tests et respirateurs. Elle a été généreuse dans ses gestes de solidarité, volant au secours de New York ou de tel pays africain. La Chine a été courageuse dans sa lutte à domicile contre le virus. Que s’est-il passé ?

La marque de Xi Jinping

Risquons une hypothèse. De bout en bout, la gestion de la crise du Covid-19 porterait la marque de la Chine de Xi Jinping. Le président a replacé le PCC, unique moteur du pouvoir politique, au cœur de la société chinoise – présence renforcée partout, écoles, universités, administrations, économie (où le secteur public est privilégié), etc. Esquissée du temps de ses prédécesseurs immédiats, l’idée même d’un gouvernement, d’une administration, d’une agence spécialisée fonctionnant en relative indépendance par rapport au PCC est contraire à la « pensée Xi Jinping ».
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Le politique doit prendre le pas sur l’expertise (y compris médicale, comme cela s’est passé à Wuhan), les militants l’emportent sur les professionnels, la ligne sur la réalité. C’est ce qu’explique Richard McGregor, l’un des meilleurs spécialistes du PCC, dans son dernier livre : Xi Jinping : The Backlash (« Xi Jinping. Le choc en retour », Lowy Institute/Penguin Specials, 2019, non traduit).
Insufflée à longueur de campagnes de réénergistation idéologique, la « pensée Xi Jinping » vante les mérites du système chinois et, en filigrane, pointe le déclin des démocraties libérales. A l’intérieur, il faut combattre « les idées occidentales hostiles », à l’extérieur, vendre la supériorité de « l’expérience chinoise ».
La diplomatie n’échappe pas à cette reprise en main. Dans les enceintes internationales, la référence au mode de gouvernement autoritaire doit disposer d’une légitimité égale, sinon supérieure, à celle dont bénéficie le mode démocratique libéral. L’antagonisme à l’encontre de l’Occident fait partie du programme chinois.
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Xi Jinping soumet la Chine à une cure de réidéologisation, dit la sinologue Alice Ekman dans un livre brillant et nourri de la lecture en mandarin des écrits du président – Rouge vif. L’idéal communiste chinois (L’Observatoire, 224 p., 19 euros ; voir Brice Pedroletti, Le Monde daté du 21/02). La thèse d’Ekman est que ce moment de radicalisation rhétorique n’est pas seulement pour Xi le moyen de réaffirmer son pouvoir dans une phase économique difficile. Elle prend le président à la lettre – au caractère, devrait-on dire : un marxiste convaincu. Si la gestion chinoise de la crise du Covid-19 nous paraît peu pragmatique, et parfois contre-productive, c’est aussi parce que Xi est un idéologue.

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