Wednesday, 29 January 2020

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Coronavirus : comment la Chine a fait pression sur l’OMS

La Chine s’est notamment opposée à ce que l’Organisation mondiale de la santé proclame une urgence de santé publique de portée internationale.
Par   Publié hier à 03h17, mis à jour hier à 14h45
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Le premier ministre chinois Li Keqiang, en visite dans un hôpital de Wuhan, dans la province du Hubei, le 27 janvier.
Le premier ministre chinois Li Keqiang, en visite dans un hôpital de Wuhan, dans la province du Hubei, le 27 janvier. LI TAO / XINHUA VIA AP
Après des débats agités, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a affiché ses divisions et n’a pas proclamé une urgence de santé publique de portée internationale à propos de l’épidémie due au 2019-nCoV. Les considérations politiques semblent l’avoir emporté sur les arguments scientifiques, la Chine s’étant plus que fermement opposée à une telle déclaration.
Réunis en téléconférence mercredi 22 janvier pour débattre de la situation créée par l’épidémie due au nouveau coronavirus 2019-nCoV, les membres du comité d’urgence de l’OMS se sont divisés en deux moitiés opposées sur l’avis à rendre au directeur général de l’institution. « Je ne déclare pas d’urgence de santé publique de portée internationale », a donc déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, plus familièrement appelé docteur Tedros, en reconvoquant une réunion du comité d’urgence le lendemain. Cette dernière n’a pas fait varier les positions.
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Le docteur Tedros a donc maintenu sa décision le 23 janvier, en indiquant que « le comité d’urgence était divisé sur la question ». Il précisait qu’il s’agissait d’une urgence sanitaire en Chine mais qu’elle n’était « pas encore devenue une urgence sanitaire mondiale » et que « la flambée représent[ait] un risque très élevé en Chine et un risque élevé aux niveaux régional et mondial ». Dans son allocution devant la presse à l’issue de la réunion du comité d’urgence, le directeur général a tenté de prévenir les critiques : « Je tiens à réitérer que le fait que je ne déclare pas une urgence de santé publique de portée internationale aujourd’hui ne doit pas être pris comme un signe que l’OMS ne pense pas que la situation soit grave ou que nous ne la prenons pas au sérieux. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité. »

Mutisme

Une telle conclusion n’a pas fait l’unanimité chez les scientifiques et chez les commentateurs chevronnés en matière d’épidémie. Le strict mutisme est de rigueur à l’OMS comme parmi les membres du comité. Mais, selon les informations que Le Monde a pu recueillir auprès de plusieurs sources de nationalités différentes, la décision de l’OMS résulte d’une opposition catégorique de la part de la Chine et de ses alliés, qui ont fait pression sur les membres du comité et la direction de l’organisation.
L’OMS dispose d’un instrument juridique, le Règlement sanitaire international (RSI), qui a fait l’objet d’une révision en 2005, compte tenu de la dissimulation par la Chine, pendant plusieurs mois, des informations sur l’épidémie de SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) qui sévissait à partir de novembre 2002 dans la province de Guangdong. La nouvelle version est plus contraignante pour les Etats membres. Avec le RSI-2005, l’OMS se retrouvait dotée d’un « instrument juridique international qui a force obligatoire pour 196 pays dans le monde, dont tous les Etats membres de l’OMS. Il a pour but d’aider la communauté internationale à prévenir les risques graves pour la santé publique, susceptibles de se propager au-delà des frontières et de constituer une menace dans le monde entier et à y riposter », précise le site de l’organisation.
Comme le prévoit le RSI en cas d’épidémie à fort potentiel de dissémination, l’OMS a constitué un comité d’urgence pour la pneumonie due au nouveau coronavirus 2019-nCoV. Il regroupe quinze membres et six conseillers, choisis par le directeur général sur la liste des experts du RSI. Pour la plupart, ce sont des spécialistes des épidémies et des agents infectieux, mais il compte aussi une experte en médecine aéronautique, une représentante du ministère de la communication et de l’information de Singapour ou encore, parmi les conseillers, un responsable médical de l’Association internationale du transport aérien (IATA) ainsi qu’un chef d’unité à l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE).
La composition de ce comité ad hoc reflète aussi des préoccupations géopolitiques puisque les quinze experts qui en sont membres sont originaires d’Arabie saoudite, d’Australie, du Canada, de Chine, de Corée du Sud, des Etats-Unis, de France, du Japon, des Pays-Bas, de Russie, du Sénégal, de Singapour pour deux d’entre eux et de Thaïlande, là encore pour deux d’entre eux. L’ancien directeur général de la santé français Didier Houssin en assure la présidence.

Débats houleux

Lors des réunions des 22 et 23 janvier, le docteur Tedros aurait invité les ambassadeurs des quatre pays les plus concernés par l’épidémie à ce moment – Chine, Thaïlande, Corée du Sud, Japon – à se joindre comme observateurs aux quinze membres et six conseillers du comité d’urgence. C’est à cette occasion que le représentant chinois aurait d’emblée exercé une pression sur le comité et par voie de conséquence sur le directeur général, affirmant qu’« il était hors de question de déclarer une urgence de santé publique de portée mondiale », indiquent au Monde deux sources concordantes, qui confirment que les débats ont été particulièrement houleux.
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Le fait même que l’OMS reconnaisse que des opinions divergentes existaient dans le comité et que le président du comité, Didier Houssin, précise à l’issue de la première réunion que les positions étaient divisées à 50-50 n’est en rien habituel dans cette institution.
« Ce n’est pas que les autorités chinoises minimisent la gravité de l’épidémie, les mesures drastiques prises après la mise au point officielle du président Xi Jinping le montrent, et elles affirment presque comme un défi qu’aucun autre pays n’est prêt à aller aussi loin. Mais elles ont réorienté leur diplomatie en suivant un nouveau credo : la Chine n’est plus un pays du tiers-monde, analyse un bon connaisseur du dossier. Il s’agit de démontrer que le pays possède les capacités de gérer seul la crise sanitaire et c’est l’une des grandes différences avec ce qui s’est passé avec le SRAS. Là, ce sont les Chinois qui ont isolé le virus, séquencé son génome et l’ont partagé et publié dans les revues internationales. »
Une déclaration d’urgence sanitaire internationale aurait aussi l’inconvénient d’entraîner des restrictions pouvant toucher les personnes, les marchandises et les transports, dont la Chine comme ses alliés, en Asie notamment, se passeraient bien.
Le choix fait par le docteur Tedros visait aussi à trouver un compromis avec la Chine puisqu’il souhaitait se rendre en visite officielle dans ce pays. Le voyage a effectivement eu lieu les 27 et 28 janvier et le directeur général a obtenu des autorités chinoises de pouvoir « envoyer une délégation internationale d’experts en Chine, dès que possible, afin de travailler avec leurs homologues chinois à une meilleure connaissance de l’épidémie pour guider les efforts mondiaux de riposte », comme le rapporte un communiqué de l’OMS publié à Pékin le 28 janvier.

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