Commentary on Political Economy

Monday, 30 November 2020

HOW HAN CHINESE COLONIZERS ARE EXTERMINATING THE UIGHURS

 

En Chine, des barbelés le long de la « route de la soie »

Workers walk by the perimeter fence of what is officially known as a vocational skills education centre in Dabancheng in Xinjiang Uighur Autonomous Region, China September 4, 2018. This centre, situated between regional capital Urumqi and tourist spot Turpan, is among the largest known ones, and was still undergoing extensive construction and expansion at the time the photo was taken. Picture taken September 4, 2018. To match Special Report MUSLIMS-CAMPS/CHINA REUTERS/Thomas Peter - RC11C0921B10

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    DécryptagesDans le Xinjiang, les habitants ouïgours, musulmans et turcophones, majoritaires dans cette région périphérique, subissent colonisation, sinisation et répressions des autorités de Pékin.

    Quand le pouvoir communiste prend par les armes, en 1949, le contrôle du Xinjiang, où une petite république indépendante du Turkestan oriental avait été fondée cinq ans plus tôt, l’ethnie majoritaire en Chine des Han n’y représente alors que 7 % de la population. La province devient « région autonome ouïgoure du Xinjiang » en 1955.

    Pour la siniser, Pékin envoie des colons et crée des bingtuan, un corps paramilitaire chargé de défricher les terres arables et d’exploiter les ressources. Ils emploient aujourd’hui 2,8 millions de personnes – han pour l’écrasante majorité –, produisant près de 17 % du produit intérieur brut de la région. Les administrations et les sociétés d’Etat sont d’autres vecteurs majeurs d’implantation.

    Musulmanes ouïgoures devant un poste des forces de sécurité, à Urumqi, capitale de la région autonome du Xinjiang, en mai 2014.
    Musulmanes ouïgoures devant un poste des forces de sécurité, à Urumqi, capitale de la région autonome du Xinjiang, en mai 2014. Ng Han Guan / AP

    Sous leur impulsion se développent les villes de Korla et de Karamay, qui ont toutes deux prospéré grâce à l’exploitation pétrolière, ou encore Shihezi, villes à 95 % han, dont l’économie repose sur l’agriculture intensive du coton et de la tomate.

    le Xinjiang, laboratoire des politiques répressives de Pékin contre les minorités

    Région autonome ouïgoure
    du Xinjiang
    CHINE
    Chine
    Kazakhstan
    Kirghizistan
    Tadjikistan
    Afgh.
    Pakistan
    Mongolie
    Inde
    Urumqi
    Beitun
    Korla
    Kuitun
    Karamay
    Shihezi
    Qitai
    Turpan
    Hami
    Ruoqiang
    Hotan
    Kachgar
    Aksu
    Ghulja
    Tacheng
    Tibet
    Aksai
    Chin
    Cachemire

    Effritement de la majorité ouïgoure

    Les grandes villes historiques ouïgoures du Sud, comme Kachgar et Hotan, ont vu leur majorité ouïgoure s’effriter lentement, de la même manière qu’à Gulja, dans l’Ouest, les populations kazakhe et ouïgoure. Le Xinjiang compte aujourd’hui 11,2 millions de Ouïgours, soit 48,5 % de la population, contre 8,5 millions de Han (37 %) – soit cinq fois plus qu’en 1949. Les Kazakhs sont au nombre de 1,5 million.

    Alors que la Chine resserre la vis autour des pratiques de l’islam, à la suite des attentats du 11 septembre 2001, l’afflux de Han, la prédation des terres et des ressources par des entités chinoises et la répression policière de toute manifestation identitaire alimentent le ressentiment des Ouïgours, musulmans et turcophones, pendant la décennie 2000.

    Entre conquête chinoise et revendications indépendantistes

    1755
    La dynastie mandchoue des Qing conquiert la région du Xinjiang. Les rébellions des ethnies locales, notamment ouïgoures, se succèdent
    1864-1878
    Yakub Beg établit un émirat indépendant et impose un pouvoir musulman
    1884
    L’Empire Qing reprend le contrôle militaire au Xinjiang et en fait une province
    1933-1934
    Première République islamique du Turkestan oriental, dans le sud du Xinjiang
    1944-1949
    Seconde République du Turkestan oriental (RTO), dans l’ouest, soutenue par l’URSS
    1949
    La Chine communiste occupe militairement le Xinjiang, qui devient « région autonome ouïgoure » en 1955
    Période maoïste (1950-1976)
    Des cadres du parti et des paysans-soldats (« Bingtuan ») sont envoyés en masse pour siniser le Xinjiang. La révolution culturelle conduit au saccage des mosquées et à la purge des élites ouïgoures
    Ouverture et réformes
    (à partir de 1980)
    Sous l’impulsion de Pékin, la région se développe économiquement, tandis que s’accroît la répression face aux revendications nationalistes des Ouïgours. Dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, le pouvoir les considère comme des terroristes islamistes
    2009
    Clashs interethniques à Urumqi, sur fond de ressentiment des Ouïgours, face à leur marginalisation et à la migration forcée de leurs travailleurs vers la Chine côtière
    2013-2014
    Intensification de la répression. Des attentats islamistes frappent le Xinjiang et ailleurs en Chine
    2017
    La « guerre totale contre le terrorisme » conduit à une politique d’internement de masse de la population ouïgoure

    Un espace traversé d’influences

    CHINE
    MONGOLIE
    NÉPAL
    KIRGHI.
    TADJI.
    PAKI.
    KAZAKH.
    XINJIANG
    Arrivée des Ouïgours
    autour du IXe siècle
    Arrivée d’ethnies
    turcophones
    et musulmanes
    dès le Xe siècle
    Empire du Tibet
    entre le VIIe
    et le IXe siècles
    Expansion de l’Empire
    mongol entre le XIIe
    et XIIIe siècles
    Empire Qing jusqu’en 1911
    Différentes influences au Xinjiang
    Chine littorale
    intérieure
    périphérique
    (à l’époque contemporaine)

    En 2009, des émeutes interethniques à Urumqi font 200 morts, enclenchant une spirale de violence-répression dans le sud du Xinjiang. Les cadres communistes fouillent les foyers en quête de signes de radicalisation. Incidents et attaques se multiplient contre des représentants de l’autorité, tandis que les forces spéciales chinoises multiplient les bavures. En 2013 et 2014, la Chine connaît ses premiers attentats terroristes, perpétrés par des djihadistes ouïgours, s’inspirant parfois de groupuscules islamistes d’Asie centrale sévissant en Afghanistan, au Pakistan puis en Syrie.

    Le Xinjiang devient alors le dernier endroit où veulent aller les Han. Les migrations fléchissent, par crainte des violences. Des Han du Xinjiang, de seconde ou de troisième génération, quittent même la région pour d’autres provinces chinoises. Cela ne freine pas le développement : en 2014, un chemin de fer relie pour la première fois Hotan à Kachgar. Le train à grande vitesse s’apprête à connecter Urumqi au reste de la Chine.

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