Commentary on Political Economy

Tuesday, 29 December 2020

 

Chine : l’impossible transparence sur Wuhan

Editorial du « Monde ». Le message ne saurait être plus clair. Au moment où l’Organisation mondiale de la santé (OMS) s’apprête à envoyer, début janvier, en Chine, au terme d’âpres négociations avec Pékin, un groupe d’une dizaine d’experts internationaux pour enquêter sur les origines de l’épidémie de Covid-19, un tribunal de Shanghaï a condamné à quatre ans de prison, lundi 28 décembre, une Chinoise de 37 ans, Zhang Zhan. Son seul crime : avoir chroniqué la vie des habitants de Wuhan, les premiers à avoir été confinés.

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Le signal ainsi envoyé par le pouvoir chinois, à tous les niveaux, a au moins le mérite de la constance. Dans ce qui touche à l’épidémie partie de Chine, et tout particulièrement à son origine, dans la ville de Wuhan, la transparence n’est pas de mise.

Très affaiblie par plusieurs grèves de la faim, nourrie de force, Zhang Zhan a été jugée coupable, au cours d’un procès expéditif, d’avoir « cherché querelle et provoqué des troubles ». Ancienne avocate, chrétienne, la jeune femme s’était rendue à Wuhan pour observer et rendre compte de cette première expérience de confinement sanitaire. Pendant un peu plus de deux mois, elle avait partagé sur YouTube des vidéos d’hôpitaux dépassés par l’afflux de patients et de Wuhanais aux prises avec les ordres contradictoires des autorités locales. Par ces scènes de la vie quotidienne à l’heure du Covid-19, cette journaliste improvisée dénonçait en fait la propension des autorités communistes à user de la menace et de l’intimidation pour imposer l’ordre sanitaire et contrôler l’épidémie.

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C’est cette insolence, plus qu’aucun des faits ou des images révélés, qui lui vaut aujourd’hui d’être punie pour l’exemple, alors que le Politburo, l’instance dirigeante du Parti communiste chinois (PCC), s’est félicité, vendredi 25 décembre 2020, selon Chine nouvelle, du « rôle décisif » du parti dans la lutte contre l’épidémie, puisqu’il a permis « une glorieuse victoire, absolument extraordinaire », en cette année pleine « de risques et de défis rares ».

L’impératif de « sécurité nationale »

A sept mois du centenaire officiel du PCC, le 1er juillet 2021, toute menace à l’égard du monopole du parti, mais aussi du récit de sa gouvernance, qu’elle soit d’hier (la Révolution culturelle, Tiananmen…) ou d’aujourd’hui (la lutte contre la pandémie ou la « formation professionnelle » des Ouïgours), constitue une atteinte à la « sécurité nationale ». Celle-ci, a déclaré le président Xi Jinping, le 12 décembre 2020 devant le Politburo, doit être « une priorité majeure des cinq années à venir ». Sécurité militaire, cybernétique, économique, environnementale et sanitaire, mais aussi et surtout « politique » « Tout risque caché ayant des implications potentielles de sécurité doit être identifié et tué dans l’œuf », a précisé le numéro un chinois.

Il fallait donc « tuer dans l’œuf » le risque Zhang Zhan, dont la licence d’avocate avait été suspendue après qu’elle eut soutenu le mouvement de protestation de Hongkong de 2019. Sa condamnation ainsi que la détention de trois autres blogueurs ne prêtent guère à l’optimisme pour la mission des experts de l’OMS qui vont passer six semaines en Chine, dont deux en quarantaine.

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Ils auront accès aux échantillons collectés par les chercheurs chinois et seront autorisés à travailler à partir des travaux déjà menés. Les questions, pourtant, ne manquent pas, notamment sur les non-dits de l’institut de virologie de Wuhan. Mais leur mission risque de se heurter rapidement à l’impératif de « sécurité nationale ».

Le Monde

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